LA TERRE FERME

résidence du 16 au 29 juin 2020

sortie de résidence le 27 juin 2020 à 18:00 lors de La Festive 2020

Trade Winds, 1958, Joseph Cornell

Trade Winds, 1958, Joseph Cornell

 

Je chante depuis l’âge de 15 ans. J’ai commencé par le chant baroque et la voix de contre-ténor après avoir découvert la voix d’Andreas Scholl dans le Sabat Mater de Pergolese. J’ai ensuite développé ma voix de baryton, toujours dans le domaine lyrique. Depuis une dizaine d’années, je contourne ce binarisme en explorant d’autres musiques que le répertoire lyrique. Rock, jazz, musique dite « du monde ». J’ai aussi chanté pendant deux ans dans le cabaret travesti Madame Arthur, qui m’a permis de m’essayer à la chanson française, notamment réaliste, et toutes ses nuances, du parlé au chanté, du murmuré au vociféré. Et la découverte d’un rapport plus étroit du chant au récit. Chanter c’est aussi raconter, s’adresser. Depuis deux ans, je prends des cours avec Martina Catella, directrice de l’école « Les Glotte trotteurs » à Paris, qui travaille à la valorisation de vocalités et de répertoires non occidentaux : chants du Portugal, chants tziganes, iraniens, indiens. A la faveur de mes vagabondages dans le domaine du Raga hindoustani, j’ai découvert la shruti box.

La shruti box est un instrument de musique indien. C’est une petite mallette en bois, munie de deux soufflets qui activent des anches libres de tonalités diverses. Elle fonctionne comme un harmonium sans clavier et sert de guide-chant, de bourdon. Originellement utilisée dans la musique indienne, on s’en sert aussi comme bourdon ou basse continue dans la musique occidentale du moyen-âge. Elle est utilisée en musico-thérapie. Appartenant à la catégorie des instruments de musique dits « intuitifs », c’est un instrument modeste, dans sa fonction comme dans ses usages, qui ne nécessite pas de savoir-faire ou de technique particuliers.

Depuis quelques années, je cherche un instrument pour m’accompagner au chant, et la shruti box a retenu mon attention pour plusieurs raisons.
– C’est un instrument mobile, nomade : on peut transporter la petite mallette n’importe où, elle ne nécessite ni branchement, ni accord, ni amplification, et prend très peu de place.

– C’est un instrument modeste, limité : on peut tenir une ou plusieurs notes longtemps grâce à l’activation de la soufflerie, mais on ne peut faire ni rythme ni mélodie (ou difficilement).

– C’est un instrument harmonique : en installant une base de bourdon simple, elle permet de mettre en valeur la structure harmonique de morceaux même très simples, et de les colorer différemment, en fonction des hauteurs qu’on aura choisies. Parce que ma pratique du chant est diverse, complexe, souvent acrobatique ou prétendant à une certaine virtuosité, j’aime que l’instrument soit le plus rudimentaire possible, le plus basique. Dans la musique baroque, les anglo-saxons appellent la basse continue : « the ground », le sol, la terre. C’est aussi à cet égard que l’instrument m’intéresse. Le son de la shruti box est un appui ferme, un sol sur lequel dresser des arabesques vocales plus élaborées.

Jusqu’à présent, par modestie, par paresse ou par choix post-moderniste, je n’ai chanté avec la shruti box que les chansons des autres, puisant dans un répertoire très varié :
– Pop française (Christophe, France Gall, Gainsbourg)
– Rock (Radiohead, Nirvana)
– Fado & Tangos (Zambujo, Ledesma)
– Chanson (Kurt Weill, Marie Dubas)
– Bossa Nova (Caetano Veloso, Vinicius de Moraes)
– Folk (Niles, Bashô)
– Lyrique (Ravel, Debussy)

L’enjeu du temps de résidence à la Métive serait :

– de continuer à développer ces détournements (comment la shruti box peut faire ressortir des harmonies orientales d’une rengaine mille fois entendue de Christophe, comment elle peut favoriser l’applications de vocalises soufies – le tahrir- à une chanson de Radiohead…)
– d’entamer un travail d’écriture de chansons pour cet instrument. Parce que la monotonie et l’ « endurance » de l’instrument le favorise, je commence à rêver à une forme d’Epopée.

Pour m’accompagner dans l’exploration de cet instrument et de ses potentialités harmoniques et narratives, je souhaite travailler avec Armelle Dousset. Armelle est une danseuse remarquable et une musicienne de grand talent, accordéoniste entre autres, qui mène développe une musique passionnante dans le cadre du duo Rhizzotome (avec le saxophoniste Mathieu Metzger) à la croisée des répertoires traditionnels de bals et de la musique expérimentale. J’ai rencontré Armelle il y a plus
de dix ans dans le cadre d’une création d’Alain Buffard (Tout va bien). Depuis nous faisons de la musique ensemble. Je l’ai invitée à plusieurs reprises à collaborer à mes projets. D’abord pour la pièce Récital (crée aux Subsistances en 2013) puis pour la performance Les Berceaux en réponse à une invitation faite par le Centre Pompidou pour son trentième anniversaire en 2017.

✩✩✩ Olivier Normand, Aout 2019

Olivier NORMAND
Après des études de Lettres Modernes (ENS de Lyon), il se forme à la danse contemporaine dans le cadre du programme ex.e.r.ce (dir. Mathilde Monnier et Xavier Le Roy) au Centre Chorégraphique National de Montpellier, et du programme Transforme à l'Abbaye de Royaumont (dir. Myriam Gourfink). Il se forme également au jeu théâtral et au chant lyrique dans le cadre des Conservatoires Régionaux de Montpellier. Depuis 2007, il est interprète, entre autres, pour Mathilde Monnier, Alain Buffard, Fanny de Chaillé, Joris Lacoste, Bruno Geslin, Lorenzo de Angelis, Helène Rocheteau, Eszter Salamon. En 2009 il a réalisé à l'Université Paris 8 un mémoire de Master sur Vaslav Nijinsky. Récemment, il a entrepris un travail écriture sur le métier d’interprète : « Sous le regard, essai sur le désir de scène ». Il signe également des pièces, à forte dimension musicale, ICI (avec Mylène Benoit), puis L’Artificier et Récital.

 

Armelle DOUSSET
Née en 1987, Armelle ne se souvient plus vraiment quand elle a commencé à danser. Après une licence d’Arts du spectacle en mention cinéma à l’Université de Poitiers, elle intègre la Formation d’Artiste Chorégraphique du CNDC d’Angers, tout en apprivoisant parallèlement l’accordéon, qu’elle découvre dans le milieu des musiques traditionnelles. Elle continue dans le même temps la pratique du piano, instrument qui la suit, comme la danse, depuis petite. Interprète dans des pièces de danse ou de théâtre pour Alain Buffard, Olivier Normand, L’Encyclopédie de la parole, Laurent Falguiéras, le GdRA, La Cavale, Bernardo Montet, La Boîte Blanche, elle poursuit son parcours de musicienne avec Rhizottome, Metamek, dame dissa dame dousset et moi , Klone et Seaphone. Elle invente en 2009 à Kyôto le solo Haigorei/背後霊, forme courte performative dans laquelle corps expressionniste, références cinématographiques et écriture musicale se mêlent. Cette relation affective et artistique avec le Japon se poursuivra avec Rhizottome, (projet lauréat de la Villa Kujoyama 2015) qui créé le quartet franco-japonais Niwashi no Yume. Mouvement. Ecoute. Vulnérabilité. A travers ce parcours hétéroclite, elle n’a de cesse de se pencher sur ces matières à penser qui se retrouvent tantôt dansées, tantôt tissées en musique, ou en images filmées.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Publier des commentaires