en résidence du 25 novembre au 3 décembre

 

L’ensemble merveilleux des choses que nous ignorons

Un proverbe peul dit  » Si tu sais que tu ne sais pas, alors tu sauras.  »

Il y a tant de choses que je ne sais pas. Je marche dans la forêt et presque rien autour de moi n’a de nom, c’est comme voir flou, rester étrangère au lieu traversé. Le monde, à mon insu, demeure désespérément lointain. De la même manière, dans un village que je découvre, mon regard caresse les murs, la fontaine, l’église avec curiosité ; ils sont chargés d’histoires mais personne n’est là pour me les raconter. Alors, je poursuis mon chemin, dépitée, laissant derrière moi la richesse incommensurable d’un monde qui ne m’a pas été révélé.

Je pourrais me renseigner dans les livres, aller chercher des réponses sur Internet, mais dans cette quête solitaire je ne trouverais que ce que je suis venue chercher, rien de plus, j’obtiendrais un savoir brut, froid, inanimé. Le manque serait comblé, mais de manière pauvre, en surface seulement.

C’est ainsi que m’est venue un jour l’idée d’une encyclopédie subjective qui ferait de mes ignorances une occasion de rencontres, transformerait ces frustrations en joies, mettrait en lumière l’incroyable diversité des connaissances que chacun possède du petit lopin de monde où il se trouve, et qu’il serait si beau de pouvoir partager. Cette idée ne m’a pas quitté et le désir s’est précisé.

C’est donc ici, à Moutier d’Ahun, que je vais entamer ce travail, via la rencontre des habitants, porteurs de l’Histoire et des histoires de ce lieu, commencer la collecte de savoirs vivants, affectifs, sensibles qui donneront une profondeur, un éclat et un relief à ce bout du monde qui est déjà un univers en soi.

 

Biographie

Naissance en 1985. Suit une enfance pétrie de silence en banlieue parisienne : déjà les mots et les images en recours spontané. S’accrocher à ces espaces de beauté où quelque chose peut être exprimé, faire sens, déplacer. De là, prendre le RER et s’installer à Paris. Aux Beaux-Arts, elle troquera le dessin pour la photographie, continuera d’écrire, mais sans plus le cacher. Une fois diplômée, partir encore, plus loin. Atterrir à Tel Aviv, apprendre l’hébreu, vivre trois ans dans une langue étrangère sans cesser de travailler la sienne obstinément. De retour en France, son premier roman, Ce qui nous sépare, paraît chez Actes Sud en 2016. L’année suivante, un livre photographique, l’Heure blanche, est publié aux Éditions du Bec en l’air. Récemment installée à Avignon, elle poursuit son travail littéraire et photographique à travers des projets personnels et de diverses collaborations (Le Poids de la Neige quand elle tombe, Le Gant, Nous nous sommes rencontrés).

 

Pour en savoir plus, son site : www.anne-collongues.com