Rozë (titre provisoire)

 

En résidence du du 07 au 13 février 2022, du 07 au 20 mars 2022

 

En Albanie, selon le code ancestral du Kanun, une fille peut devenir socialement un homme en échange d’un voeu de virginité et de chasteté. Elle devient alors une Burrneshë -littéralement « fille comme un homme ». Pour échapper à un mariage forcé ou au déshonneur de finir « vieille fille ». Pour combler un « fils manquant ». Pour hériter ou accomplir une vendetta. Pour accéder à des droits réservés aux hommes (sortir, fumer, boire, travailler, conduire une voiture), une femme peut donc décider de renoncer à être une femme.

En France, officiellement pas de code coutumier qui priverait les femmes de certains droits, mais pour accéder aux « privilèges » des hommes (toucher 20% de salaire en plus, devenir directrice d’un grand théâtre ou ne plus avoir automatiquement en charge les lessives de la maisonnée), les filles sont encore parfois obligées de gommer leur féminité, d’adopter une attitude virile et offensive (qu’on peut alors leur reprocher !), certaines allant jusqu’à se travestir (combien de femmes optent pour le tailleur pantalon pour être prises au sérieux?).

En février 2020, alors que nous (Clémence Weill, Baptiste Dubreuil, Hélène Stadnicki et moi-même) venions de créer BLEUE – un spectacle mettant en scène une femme qui a choisi d’être bouchère, c’est-à-dire de faire « un métier d’homme » – la découverte de la tradition albanaise des Burrneshë a bouleversé un peu plus notre lecture des dominations patriarcales. Et si ce que nous prenons pour une privation de liberté, était en fait l’accès même à la liberté… ?

 

« La virginité n’est pas un problème. Pour quelques minutes de plaisir, il aurait fallu accepter de mener une vie de femme, c’est-à-dire de servante ? » Sokol, burrneshë de 80 ans.

Et qu’est-ce qui nous fascine tant chez ces femmes ? Et de quoi notre fascination est-elle le Nom ? N’y a-t-il pas chez nous, autour de nous, des femmes qui seraient considérées comme des burrneshë ?

Dans la continuité de BLEUE, nous souhaitons poursuivre le dialogue entre les disciplines : documentaire et fiction, théâtre et musique, plasticité et corporalité.

Le théâtre que nous cherchons se laisse traverser par son époque. Et puisque nous ne vivons pas sous cloche, nous tissons une toile pour créer des passerelles. Pour être à la croisée des chemins.

Nos expériences artistiques se nourrissent de leur environnement. Nous sommes éveillés. À l’affût. En quête de.

Nous avons besoin du réel pour inventer nos fictions.

Nos dramaturgies sont plurielles car notre monde est complexe et mouvant (émouvant aussi), et que parfois les mots ne suffisent pas. Alors nous dansons, nous chantons, nous hurlerons s’il le faut.

Nous pratiquons joyeusement le mélange des genres, les associations intuitives et le patchwork assumé… Nous naviguons entre des sujets de société nécessaires et d’inutiles rêveries… à moins que ce ne soit l’inverse.

Nous sommes hybrides.

Nous parlons le langage de l’intelligence tout autant que celui du cœur, et nous ne craignons pas les questions qui restent sans réponse.

Et puisque la fiction sera notre langue, nous ferons une place de choix à la musique, compagne fidèle de nos narrations, langage universel des émotions.

© Mélina Kielb

le site de la Cie : serreschaudes.fr

le teaser de BLEUE : https://vimeo.com/425089927

le teaser du VeryDub (le groupe de Baptiste) : https://vimeo.com/370883729

© Mélina Kielb

Coraline Cauchi – Comédienne & Metteuse en scène

Formée à l’École Nationale d’Art Dramatique d’Orléans, d’abord sous la direction de Jean-Claude Cotillard puis sous celle de Christophe Maltot jusqu’en 2006, elle a travaillé entre autre avec Philippe Lanton, John Arnold, Caterina Gozzi, Annie Mercier, Philippe Girard, Gilles Bouillon.

Elle a suivi des stages avec Samuel Churin, Pierre-André Weitz, Isabelle Ronayette, Hélène Soulié, Alain Françon, Mélanie Leray, Daniel Jeanneteau, Mathieu Bertholet, Jean-Pierre Baro & Pascal Kirsch, ou encore Jean-Paul Civeyrac (cinéma).

Elle a suivi une formation de danseuse classique, modern’ jazz, et de danse contemporaine (stages avec Clément Aubert, Boris Hennion). Elle a également pratiqué la danse Butô avec KatsuraKan et Gyohei Zaïtsu.

En tant qu’interprète, elle joue notamment sous la direction de Patrice Douchet (Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras), Antoine Cegarra (Serres Chaudes d’après Maurice Maeterlinck ; Wald d’Antoine Cegarra, Léonce et Léna de Georg Büchner), et Tiina Kaartama (Purge de Sofi Oksanen ; ça foxtrotte dans la botte de mamie de Sirkku Peltola ; La ballade de la soupe populaire de Emilia Pöyhönen). Elle travaille avec La Collective Roberte La Rousse qui développe des performances artistiques et critiques sur le thème « langue française et genre ».

Elle est assistante à la mise en scène auprès de Christophe Maltot (Inconnu à cette adresse deKressman Taylor, Les hommes désertés de Randal Douc), de Jean-Michel Rivinoff (L’immigrée de l’intérieur d’après Annie Ernaux ; Être Humain d’Emmanuel Darley ; Krach de Philippe Malone), de Thierry Falvisaner (Othello de Shakespeare) et travaille sur certains spectacles de Mohamed El Khatib (Sheep, C’est la vie, Stadium).

En 2007 elle met en scène Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce.

En 2011, elle adapte et met en scène L’Amant(e) d’après le roman de Marguerite Duras. En 2015, elle crée La Théorie de l’Hydre, texte commandé à Antoine Cegarra et récompensé par les Encouragements du CNT. Puis en 2016, elle crée CLEAN ME UP, projet pour lequel elle a invité 4 auteurices à écrire à partir d’un article de presse. En 2020, elle créé et interprète BLEUE de Clémence Weill, au côté de Baptiste Dubreuil, spectacle mêlant théâtre, musique et documentaire.

Coordinatrice artistique de la SERRES CHAUDES, elle développe dans cette structure un travail autour des écritures contemporaines et de la lecture à voix haute. Elle dirige un Cycle de Lectures de théâtre contemporain (mises en espace de textes de Daniel Keene, Marius Von Mayenburg, Naomi Wallace, Sabryna Pierre, Fausto Paravidino, Anja Hilling, Eric Pessan…) ainsi qu’un cercle de lectures ouvert à tous, le LaboLivre, et crée plusieurs lectures musicales avec Baptiste Dubreuil, dessinée avec Violaine de Maupeou, dansée avec Anne Perbal.

Elle s’intéresse à la pédagogie et aux questions de transmission, et intervient auprès de plusieurs établissements scolaires et de groupes d’amateurs dans le cadre d’ateliers de pratique théâtrale. Son parcours s’équilibre entre interprétation et mise en scène. Un double mouvement qu’elle envisage de manière complémentaire afin de se questionner sur la notion de création. Son intérêt pour la dramaturgie, son souci du lien entre l’interprète et la forme théâtrale déployée, font de sa recherche un espace de friction où la singularité de chacun devient créatrice, où chaque proposition vient percuter, relancer et ainsi nourrir l’objet théâtral. Elle a fait sienne la phrase de Marguerite Duras qu’elle tente d’appliquer à tous les domaines de création : « Écrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. »

© Baptiste Dubreuil

Clémence Weill – comédienne, metteuse en scène et autrice

Née à Paris en 1984, Clémence Weill est formée à l’école Claude-Mathieu, elle a (beaucoup) appris et (bien) travaillé avec diverses personnes de grands noms. Citons Diana Ringel, pour l’expressivité du corps et du silence, Matthias Langhoff pour l’ancrage au monde, et Jean-Louis Hourdin, qui lui apprit à « danser sur le scandale ».

Ses premières années de mise en scène la virent adapter L’Opéra du Dragon (H. Muller), Mars (F. Zorn), Mesure pour mesure (Shakespeare), Une fable sans importance (coécrit avec C. Decroix)… et même diriger L’Histoire de Melody Nelson de S. Gainsbourg, avec Jean-Caude Vannier à la Cité de la Musique. Un beau matin, elle se mit à écrire. Ce qui donna une pièce que ses amis eurent l’amabilité de prétendre n’avoir pas lue. Puis, à force de travail, naquit Pierre. Ciseaux. Papier., qui lui offrit le Grand Prix de littérature dramatique, l’écoute de certaines institutions, et l’occasion de réfléchir son sentiment d’imposture. Cherchant à comprendre « d’où elle parle » (comme on dit en fac de socio), elle partit interroger les autres sur les sujets qui lui tombaient des mains (l’économie, les croyances, la démocratie, les frontières, l’Europe…) Ce travail de rencontres, de voyages et d’enquêtes (volontairement) arbitraires devint vite le pivot de sa démarche d’autrice. Cela donna les pièces ci-dessous :

– Pierre. Ciseaux. Papier. Publié aux éditions Théâtrales en 2013. Grand Prix de littérature dramatique en 2014. Lauréat des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre, mise en scène de Laurent Brethome, Le Menteur volontaire, Théâtre Sorano, Toulouse, Théâtre du Rond-Point, Paris.

– Les Petites Filles par A + B, mise en scène de Sarah Lecarpentier, Cie Rêvages, Le Grand Bleu, Lille, 2015.

– Variable ajustable (traduit en anglais par Simon Scardifield et en catalan par Gemma Beltran), mise en voix de Ferran Dordal i Lalueza, Sala Beckett, Barcelone, 2015.

– Torino 2CV. Textes en l’air 2015. Mis en scène par Antonin Fadinard, Lynceus festival 2016.

– Plus ou moins l’infini. Publié aux éditions Théâtrales en 2016. Texte lauréat du Jamais lu Paris, 2015, mise en voix par Martin Faucher, Théâtre Ouvert, coup de coeur du CDN d’Orléans et du Théâtre de la Tête Noire.

– SMOG [Et si tu n’existais pas], dans le dispositif « Binôme », SACD, Avignon 2017. Éditions Solitaires intempestifs 2018.

– Philoxenia. In varietate concordia, éditions Théâtrales 2019, aide à la création ARTCENA. Mise en scène Sarah Tick.

Clémence Weill invente des formes littéraires en prise avec l’actualité du monde. Elle s’y inspire de tous types de matières écrites ou orales, qu’elle tresse et fictionnalise. Ces oeuvres en collages veulent laisser une grande liberté aux metteur·se·s en scène et proposer aux acteurs des partitions, au sens musical du terme. Par cette écriture en patchwork et coups de théâtre, elle questionne la réalité des mots, des discours, des images, et invite le spectateur à s’interroger sur ses opinions et sa responsabilité. Jouant avec les frontières de la fiction et du rapport acteur.ice/ spectateur.ice, ses textes parlent de désir, de pouvoir, de luttes, de rites et de slow. Ici on défend l’humour pour traiter les sujets graves et le très sérieux dans le futile.

En parallèle de son travail d’autrice, Clémence collabore avec des collectifs décapants, des artistesartisans

délicats, militants du mélange des formes et de l’horizontalité. Citons : le club ACMÉ (Aurianne Abécassis, Marc-Antoine Cyr, Solenn Denis et Jérémie Fabre), Sophie Dufouleur (Le Discours de l’incertitude volontaire), Cécile Tonizzo, Des clous dans la tête, Cie Rêvages, Cie Enascor, L’Invention de Moi… Tantôt en rue, tantôt en CDN, en squat, sous les dorures républicaines ou en salle des fêtes, du Larzac à Béthune, d’Avranches au Vercors, ielles inventent des formes hybrides, joyeuses, engagées et éphémères.

Depuis 2017, Clémence porte une performance au long cours : L’Éternel retour de la chance. Une quête de joie sur les traces de Joe Dassin. Ceci l’a amenée à devenir curatrice du Musée de la Jo(i)e à Montréal, à concevoir un cycle d’émissions radio de semi-fiction, à cuisiner ses chagrins d’amour en public ou à transformer une église du XIIIe en salle des fêtes des années soixante-dix. Le reste du temps elle fait des dessins et des croquis techniques sur Post-it, du militantisme écolo et des parties de Trivial Pursuit, au Havre, où elle habite.

© DR

Baptiste Dubreuil

Pianiste, compositeur et arrangeur, il évolue entre jazz contemporain, chanson française de création, et arrangement de classiques. Après une formation en piano classiqueavec Isabelle Fresne, puis en jazz (Bojan Zulfikarpasic, Gueorgui, Kornazov ; stages avec Denis Badault, AKA MOON et Steve Coleman), il travaille aux côtés de musiciens avec qui il forme différents groupes : Dub Trio (N. Larmignat – N. Mahieux) / Dub Quartet (B. Hurault, S. Decolly, C.Boudesocque).

Il écrit pour le Trio Lavollé Dubreuil Larmignat (disque « le symptôme »). Il collabore entre autres avec Claude TCHAMITCHIAN et le Grand Lousadzak, Jacques MAHIEUX, Sébastien BOISSEAU, Olivier CAROLE, Sylvain RIFFLET.

Il arrange les musiques pour les spectacles : « Les Suivants » sur Jacques Brel avec Valérian Renault (disque « les Suivants jouent Brel ») « IN EdiTH » sur Piaf avec Aimé Leballeur « Reprise Renaud » avec Hugo Zermati.

Dans le cadre de ciné-concert, il crée la musique sur le film « Docteur Jekyll and Mr Hyde » de John Barrymore avec Bertrand Hurault (batterie) et Pascal Maupeu (basse), et sur le film « Métropolis » de Fritz Lang avec Bertrand Hurault (batterie) et Nicolas Le Moullec (basse).

Créateur d’univers sonores pour le théâtre, il collabore avec Sophie Baudeuf et Alain Hatton.

Avec Coraline Cauchi, il entame un parcours créatif dans le cadre de mise en musique de lectures (La femme changée en renard de David Garnett, Les autonautes de la cosmoroute de Julio Cortazar et Carol Dunlop, Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal…), et de spectacles dans lesquels il investit le plateau au-delà du rôle de musicien.

Accompagnateur (BLEUE, Rozë) ; il crée également des musiques enregistrées pour la scène (Sciences de la Vie, d’après le roman de Joy Sorman). Il vient de créer un Trio acoustique (avec David Georgelet et Paul Cadier), et travaille avec Mathieu Pion à la création du disque «VeryDub» (quintet électo-jazz) dont la sortie est prévue en 2022.

Il est également enseignant Jazz et musiques actuelles à l’école de musique de Saran depuis 2007 et à la MJC Olivet Moulin de la vapeur depuis 2000.

© Rafaël Cauchi